Histoire de Nîmes

Affiche Nîmes

Une histoire de Nîmes, personnelle.

Une ville, des ferias légendaires, une chaleur écrasante, des arènes magnifiques, une maison carrée, des jeans qui portent son nom (ajoutez « de » juste avant), ses olives, sa brandade, ses asperges… bref, une ville du Sud de la France. Pas n’importe laquelle.

Antiquité

Au départ, il y a une source d’eau – au pied du mont Cavalier –, une tribu, les Volques Arécomiques, un oppidum, et une tour, encore debout aujourd’hui : la tour Magne. Pendant l’époque romaine, Nîmes s’appelle Nemausis et s’entend très bien avec ses voisins transalpins, quoiqu’un peu envahissants. Il faut dire que le passage d’Hannibal en 218 av. J-C a marqué les esprits. Ainsi, dès 118 av. J-C, la place forte devient une colonie romaine, et la via Domitia, qui relie la Catalogne à l’Italie, traverse la ville.

Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime, galamment de l’arène, à la tour Magne à Nîmes” (Victor Hugo)

Si les Nemausenses aiment les Romains, ces derniers le leur rendent bien. C’est à Nîmes qu’est frappée une des monnaies les plus célèbres de l’Empire romain, les Dupondius de Nîmes (ou As de Nîmes). Passage obligé de la très fréquentée via Domitia, la ville s’agrandit. C’est même à Nemausis que l’empereur Antonin, qui donne son nom à un mur célèbre en Écosse, voit le jour.

Ce qui est surtout frappant, c’est l’état de conservation des monuments datant de l’époque romaine. La maison Carrée, temple dédié aux petits-fils d’Auguste, la tour Magne, bâtisse volque à l’origine que les Romains rénovent pour l’intégrer aux remparts, le temple de Diane, les célèbres arènes, mieux conservées que le Colisée et pouvant accueillir plus de 25 000 personnes, la porte d’Auguste et la porte de France. Et bien sûr le Pont du Gard dans la région. La richesse architecturale est immense. La ville prospère, le commerce est satisfaisant. Jusqu’à l’arrivée des peuples « barbares » au Ve siècle.

Moyen Âge

Les Wisigoths, qui établissent leur capitale à Toulouse, intègrent Nîmes à leur royaume en 462. S’ouvre alors une période instable de plusieurs siècles : au Nord, les Francs avancent vers le sud, prennent Uzès et tentent de soutenir les Nîmois dans leur lutte contre leur souverain wisigoth. Au VIIe siècle, les Arabes souhaitent en Septimanie étendre leur domination, qui s’exerce alors sur pratiquement toute l’Espagne et le Portugal (Al-Andalus). Ils conquièrent Nîmes en 725. Les Mérovingiens répliquent et chassent les Sarrasins en 752 – violemment, puisque Nîmes subit frontalement leur assaut et est incendiée. Les querelles carolingiennes du IXe siècles s’éternisant, les seigneurs locaux gagnent en puissance et Nîmes doit prêter allégeance au comte de Toulouse en 892.

En 1198, la ville choisit de gouverner sa ville par l’intermédiaire de quatre consuls, qui siègent dans la maison Carrée. Il semble alors que la difficile période de la soumission, des pillages fréquents, est passée. La ville est rattachée au Royaume de France, et le commerce reprend : olives, raisins, vin, tanneurs, teinturiers, etc.

Nîmes - Le temple romain dit « Maison Carrée » | Odysseum
La maison Carrée
Période moderne

Mais les conflits nationaux se répercutent toujours sur la région Septimanie, et les villes en pâtissent. Permettant, par son histoire, un accès à la Bible en français très facilement, le protestantisme dont la récente réforme ébranle la France progresse fortement dans la région de Nîmes. On y accueille même une université dirigée par des professeurs protestants. La ville devient à majorité huguenote. De très mauvaise augure pour la guerre des religions qui se profile, et qui divisera la France dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les protestants essuient de nombreux massacres, mais les deux communautés religieuses parviennent à s’entendre. L’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, assure la sécurité des protestants. 

Néanmoins, en 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes par le traité de Fontainebleau : le culte protestant est interdit. Dans les Cévennes, une opposition se dresse et la guerre des Camisards, du nom des paysans protestants vêtus, contrairement aux soldats du Royaume (les « dragons »), de simples chemises, éclate. Les Nîmois soutiennent largement cette résistance, qui se solde notamment par le massacre du moulin de l’Agau, et par la grâce royale à l’endroit des insurgés. Symboliquement, peut-être, c’est à Nîmes, sur le parvis des Arènes, que sont brûlés vifs les derniers récalcitrants. Afin d’éviter de nouveaux conflits religieux sans fin qui épuisent les deux camps, un édit est ratifié pour promouvoir la tolérance.

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Les arènes de Nîmes
Période contemporaine

Répit de courte durée. La Révolution française exacerbe à nouveau les différends : les protestants soutiennent la Révolution, les catholiques sont royalistes, comme en témoigne la Bagarre de Nîmes.

Le XIXe siècle est celui du commerce : d’abord le denim, tissu pour fabriquer les jeans. La ville est un haut lieu du textile français. De plus, c’est à cette période que l’économie se tourne vers la culture viticole, qu’elle peut facilement exporter grâce au canal du Midi (qui se termine à Sète) et à l’arrivée du chemin de fer à Nîmes en 1839, dont la gare possède une des façades en l’état les plus vieilles de France.

La grande grève des vignerons de 1907 marque l’entrée dans le XXe siècle. La ville est cependant relativement épargnée par les conflits nationaux et internationaux. Après la guerre d’Espagne, elle accueille de nombreux réfugiés républicains. Les bombardements américains en 1944, alors que Nîmes est aux mains des vichystes, provoquent presque 300 morts.

La seconde moitié du XXe siècle est calme : si la tempête de 1988 provoque une inondations aux dégâts considérables, la ville repart de l’avant et entreprend de grands chantiers de rénovation, signés par des architectes internationaux de renom.

Aujourd’hui, Nîmes est une ville qui grandit. Sa position stratégique, entre Montpellier et Marseille, tente de nombreuses personnes. Son héritage romain ne cesse de fasciner les touristes et les curieux. Puisant sa force dans son histoire, tantôt glorieuse, tantôt difficile, cette ville de résilience donne l’exemple.

Marcus Tullius n’est pas historien et ce texte ne saurait revendiquer la rigueur des ouvrages spécialisés. Vous remarquez une erreur, vous voulez suggérer un ajout ? Merci de lui en faire part en commentaire.

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